Puisque notre chère Fédération Étudiante Universitaire du Québec nationale ramène la question des droits de scolarité et du financement scolaire sur le tapis (suivie par le PQ, qui, après avoir gardé ses positions floues sur ce sujet, essaiera de ne pas s'aliéner son jeune électorat), on aura probablement encore une fois droit ce printemps à notre lot d'agitation estudiantine. Ma position sur ce sujet précis demeure ferme: la hausse des droits de scolarité est une démarche normale qui fait plus mal à cause d'une politique partisanne de gel mise en place par un autre gouvernement. Tout comme pour l'électricité (voir mon billet d'hier), il faudra les ajuster et, pour
C'est plutôt du phénomène du "syndicalisme étudiant" en général que je voudrais vous parler, car j'en ai long à dire à ce sujet. Voici d'entrée de jeu ma position: je considère que ce mouvement est très peu démocratique, pas vraiment représentatif et dénué de légitimité. Ma réflexion découle de certaines observations auprès de l'association étudiante de mon Cégep ainsi que de l'analyse de certaines des prémisses qui sous-tendent le syndicat étudiant en soi. Penchons-nous sur celles-ci d'abord.
Un syndicat de travailleurs a pour but de défendre les droits des employés face à leur patron, à la base. Il suppose un lien de réciprocité entre les deux: le salarié fournit un travail à son employeur, qui en retour lui verse un salaire et respecte certaines conditions. L'objectif du syndicat est de s'assurer que ce n'est pas uniquement celui qui signe les chèques qui dispose du pouvoir. Dans le cas des étudiants, par contre, la situation est tout à fait différente. L'étudiant ne fournit presque rien en retour de son éducation, qui est à 90% payée par la société. On lui demande simplement de débourser des frais modestes comparativement à ce qui se fait dans bien d'autres régions du monde, en échange de quoi il reçoit une panoplie de cours, d'activités et de services de soutient qui lui permettront de progresser vers l'obtention d'un diplôme et, par ricochet, d'un éventuel emploi. Sans aller jusqu'à dire que l'étudiant est un client, je considère qu'il est un investisseur. En effet, il place une certaine somme d'argent dans son éducation, parfois à crédit à faible taux d'intérêt via le gouvernement, pour recevoir une formation sur laquelle il anticipe percevoir un retour qui lui profite tant monétairement qu'en termes de qualité de vie. Or, verriez-vous des investisseurs former un syndicat pour "négocier" avec l'entreprise dans laquelle ils placent leur argent? La chose serait pour le moins absurde. Ainsi, je conclus d'abord que l'idée d'établir un syndicat étudiant présuppose que celui-ci est un travailleur, alors qu'il n'en est rien. Cela nie en quelque sorte le principe selon lequel l'étudiant bénéficie de son éducation.
Un véritable syndicat est de plus régit par des lois, alors que les associations étudiantes sont libres de toute législation. Pourquoi alors auraient-elles les mêmes pouvoirs et une légitimité comparable? Pensez par exemple à la cotisation obligatoire pour tous les étudiants entrant dans une institution scolaire. À l'heure actuelle, les syndicats étudiants commettent une faute en s'accaparant les droits, mais pas les devoirs d'un vrai syndicat. Dans le cas de mon association étudiante, on est allés jusqu'à considérer comme une certitude que nous recevrions l'appui du syndicat des enseignants... Pourtant, les deux entités ne sont pas similaires. En cas de grève, les étudiants qui voudraient poursuivre leurs cours seraient vus comme des scabs. Pourtant, ils ont payé pour recevoir un service.
Quand les associations étudiantes réclament la gratuité scolaire, elles n'ont pas auparavant consulté leurs membres. De plus, elles présupposent que les étudiants sacrifient leur jeunesse pour servir la société dans leur vie future, et donc que l'enseignement supérieur devrait leur être dispensé tout à fait gratuitement. Encore une fois, cet esprit nie que l'étudiant retire un quelconque bénéfice de sa formation, ce qui est pourtant le cas. Bref, je considère que la légitimité du mouvement syndical étudiant est douteuse.
Du côté de la représentativité, les associations ont également leurs fautes. Elles prétendent être absolument neutres politiquement. C'est peut-être vrai dans certaines institutions post-secondaires, mais pas dans mon Cégep. Les moyens de pression utilisés contre les frais de scolarité visent souvent le PLQ (alors que l'ADQ et même le PQ endossent aussi la hausse et que le PLQ n'est pas le gouvernement, mais un organisme politique) et les affichettes sur la porte de leur local affichent fièrement des slogans du genre "OUI à la gratuité scolaire" ou "OUI à l'éducation". En outre, notre association n'a, à ma connaissance, jamais tenu de vote pour déterminer si elle devait appuyer la gratuité scolaire ou non. Elle milite pourtant très activement pour cette option.
Par ailleurs, représentativité et démocratie s'entremêlent aussi au niveau des votes. En effet, une association étudiante dispose théoriquement du pouvoir de déclencher une grève avec très peu d'élèves. Ainsi, au Cégep de Jonquière, 154 personnes réunies dans une petite salle ont voté pour une suspension de cours d'une journée, alors que la mesure affectait les centaines d'étudiants de l'institution. Pourquoi l'association a-t-elle un si grand pouvoir avec si peu de votants? Il aurait pourtant été fort réalisable d'organiser une journée entière de vote secret au lieu de le faire à main levée dans une salle pour 120 personnes. On sentait également que l'association avait mobilisé certaines personnes "clés" pour que tout se termine de la... bonne façon. Si les commissions scolaires n'attirent pas beaucoup de votes, les associations étudiantes en sont encore moins capables. Toutefois, jusqu'à présent, leurs méthodes de votation ne font rien pour aider à améliorer les choses.
Il y a aussi les autres irritants. Sur les principes, l'association étudiante réclame la gratuité scolaire; pourtant, elle n'hésite pas à demander des cotisations à tous les étudiants fréquentant une institution. S'ils désirent vraiment réduire le fardeau fiscal de la clientèle des Cégeps et des universités, pourquoi ne réduisent-ils pas leurs frais d'adhésion?
Bref, le mouvement syndical étudiant possède actuellement plusieurs lacunes. Il me semble qu'une structure de comité serait plus adéquate. Ainsi, un groupe d'étudiants désirant défendre la gratuité scolaire peut fort bien exister dans un Cégep et militer en ce sens. Toutefois, ce groupe ne doit pas inclure les étudiants qui ne désirent pas en faire partie ni prétendre être neutre dans ses prises de position. Néanmoins, puisque ce n'est pas actuellement la situation qui prédomine, je crois que les syndicats étudiants devraient eux aussi être soumis à une législation précise encadrant leurs activités. Ainsi, il devrait y avoir un principe d'accréditation (renouvellé périodiquement puisque la clientèle tourne), des votes secrets obligatoires, des critères de représentativité et des mécanismes spécifiques de fonctionnement. Il est temps que les syndicats étudiants prennent les responsabilités auxquelles ils prétendent.
Je tiens à terminer en disant que je suis aussi d'avis que les élèves défavorisés devraient avoir accès à des prêts et bourse plus généreux. Cela fait toutefois l'objet d'un autre débat et ne justifie pas plus l'action des associations étudiantes dans l'état actuel des choses.


















