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18 juin 2008

Le meilleur Premier Ministre?

Je fais maintenant un Tym Machine de moi-même (sans rancune!) et je vous fais part de mon très long commentaire sur la question posée par André Pratte, sur le Blogue de l'édito de cyberpresse: qui a été le meilleur Premier Ministre du Québec? Je vous pose d'ailleurs également la question sur mon sondage actuel.

"Difficile question! Il est en effet ardu de comparer des hommes qui ont chacun eu à faire face à des situations bien différentes, à travers les époques mouvementées qui ont suivi la Révolution Tranquille (même si celle-ci n’était pas précédée du néant, il faut s’en souvenir). Ayant lu des biographiques de Taschereau, Duplessis, Lesage, Lévesque, Bourassa (pas évident pour lui, on trouve très peu d’ouvrages le concernant comparativement à l’envergure qu’il a eu dans notre histoire) et les trois Johnson, surtout le père, je n’ai toutefois pas pu faire autrement que de m’interroger sur cette question avant le présent article, qui m’a attiré dès que je l’ai vu. Il faut noter au passage, afin d’informer le lecteur, que je suis un fédéraliste décentralisateur modéré de centre-gauche et que je suis âgé de 18 ans. Je ne parle donc pas d’expérience, mais suite à mes lectures et avec mon instinct politique.

J’ai personnellement un “top 3 et demi”. Le demi en question est Adélard Godbout, qui occupe donc le dernier rang de mon classement. J’ai beaucoup de respect pour lui et je suis conscient des importantes réformes qu’il a mises en place. Toutefois, à défaut d’avoir lu pour le moment une biographie plus complète sur l’homme, celui-ci demeure un peu plus mystérieux à mes yeux. Il appartenait d’ailleurs à une époque particulière, succédant à un Taschereau honni vers la fin de son règne face à Duplessis, qu’il vaincrait malgré tout le temps d’un mandat concordant hélas avec la Deuxième Guerre mondiale. S’il avait obtenu un second mandat, ou encore avait exercé ses fonctions en temps de paix, il aurait pu devenir un grand réformateur reconnu; toutefois, ses concessions face à Ottawa (motivées par l’état de guerre) sur les pouvoirs provinciaux, tout comme la conscription instaurée par le parti libéral fédéral auquel le PLQ de l’époque était encore affilié (cela cesserait dans les années 50) ont fait en sorte que Godbout demeure un grand oublié de l’histoire québécoise.

La première position de mon palmarès personnel est occupée par Robert Bourassa. Homme tranquille, anti-politique en quelque sorte, je crois qu’il représentait néanmoins très bien le peuple québécois sous bien des coutures. Bien que n’ayant pas un grand charisme, une étude de ses réalisations prouve qu’il avait très à coeur le succès économique et culturel du Québec. D’ailleurs, il est tout à fait remarquable que cet homme, malgré l’antipathie qu’il ne manquait malheureusement pas de susciter, ait pu remporter quatre mandats, dont l’un avec la plus grande majorité parlementaire de l’histoire du Québec. La Baie James reste son oeuvre la plus grandiose à mes yeux, puisqu’elle a continué à ouvrir la voie à un Québec moderne et confiant. Ses lois linguistiques, bien que maladroites, et sa résistance face à Ottawa montrent bien qu’il avait également à coeur la survie du Québec francophone et le respect de ses droits. L’Accord du lac Meech aurait pu constituer l’un de ses grands faits d’armes, et il a été en mesure de survivre un temps à ce véritable déluge politique que l’échec de l’accord a constitué. Il faut également saluer la remise en question publique de son option qu’il a faite par la suite, en se rappelant qu’il est très difficile pour un politicien de changer d’avis une fois des politiques mises en place. La crise d’Octobre, épisode sombre de notre histoire, lui est tombée dessus très rapidement après sa prise du pouvoir, alors qu’il était jeune et n’avait auparavant fait qu’un seul mandat comme député. Vu les circonstances, il s’en est bien tiré. Je suis de ceux qui croient qu’il aurait pu vivre bien plus longtemps s’il n’avait pas négligé de soigner son cancer de la peau pour se consacrer aux affaires de la province.

La seconde (et donc la troisième également) position se dispute ex-aequo entre Lesage et Lévesque, alliés brutalement séparés sur la question de l’indépendance. Le premier a pu, à la tête d’une équipe impressionnante, faire sortir le Québec de l’ère de Duplessis avec une série de réformes mises particulièrement rapidement sur la table. Même s’il a eu bien de la chance que Paul Sauvé ne survive pas assez longtemps pour lui porter ombrage comme agent de changement, Lesage a su nous faire entrer dans une vision complètement nouvelle du rôle de l’État dans la société, mettre fin à la relation que l’Église entretenait avec celui-ci de façon trop étroite, et affirmer haut et fort les droits du Québec comme siège de la francophonie en Amérique du Nord continentale. Lévesque, pour sa part, peut être un brin plus surprenant pour un fédéraliste, mais j’ai pour l’homme une admiration franche. À l’inverse de tous les souverainistes depuis, il a posé la question de l’indépendance pour la toute première fois, et donc sur des bases raisonnables. Comment, en effet, situer le Québec sur ce sujet sans avoir consulté le peuple? Le premier référendum est donc, dans ma vision, fondé. La nationalisation de l’hydro-électricité, effectuée alors qu’il était ministre libéral, est un cadeau de taille fait au Québec, et son cocktail vivifiant de réformes lorsqu’il succéda à Robert Bourassa à la tête du gouvernement en 1976 eût bien du bon. Il est dommage, dans le cas de Lévesque, que l’homme de conviction finisse petit à petit par être brisé par ses échecs référendaires et constitutionnels, puis par ses propres partisans. C’est un Lévesque bien vieilli et usé qui quitta la tête du PQ. Je place donc dans mon palmarès un Lévesque “pré-1980″, la suite ayant été moins édifiante.

Quant aux autres premiers ministres, disons depuis Taschereau, mon opinion fluctue. Ce dernier est loin de partager mes valeurs, et il évoluait à une époque où l’Église occupait une place très importante, en plus d’avoir dû faire face à la Grande Dépression. Il m’est sympathique pour s’être parfois colleté avec Ottawa sur des questions de principe, même s’il était encore affilié au parti libéral fédéral. Toutefois, son refus de laisser l’État s’occuper des pauvres pendant la crise économique ne m’impressionne pas vraiment. Duplessis était un peu de la même trempe. Je ne peux que respecter celui-ci pour son sens politique hors du commun et ses projets nombreux d’infrastructures; par contre, lorsque vient le temps d’étudier le reste du régime, surtout au niveau de la corruption politique (il avait pourtant mis à jour de nombreux défauts du régime Taschereau sur ce plan), force est de constater qu’il y a eu beaucoup de stagnation alors que la population aurait peut-être été prête à changer plus tôt. Johnson père était un homme d’État inspiré, qui a su bien s’adapter aux changements de la Révolution Tranquille, ce qui est admirable pour un unioniste; il faisait toutefois preuve d’un peu trop d’ambiguïté et n’a pas vécu assez longtemps pour montrer sa pleine valeur. Bertrand n’aurait probablement pas dû être premier ministre, et les conséquences de son bill 69 le montrent bien. Il avait probablement plus de potentiel comme ministre que comme successeur à Johnson, tout compte fait. Pour les fils, je suis partagé: fédéraliste comme Daniel, mais social-démocrate comme Pierre-Marc. Ils avaient tous les deux leurs avantages et leurs inconvénients, et l’Histoire a voulu qu’ils aient chacun à succéder à de grands personnages, sur des fins de parcours plus douloureuses qu’autre chose. Parizeau, bien qu’ayant des talents politiques certains, ne m’a jamais été sympathique, et je ne pense pas que son passage à la tête du Québec ait été une bonne chose. Il était trop radical pour ce poste. Bouchard non plus ne m’inspire pas beaucoup (peut-être est-ce aussi parce que je viens de Jonquière, comté qu’il représentait mais qu’il n’a jamais dans les faits beaucoup aidé). Son parcours fédéral a été ponctué d’une trahison relativement abrupte, et, au provincial, le type de position économique et politique qu’il a adopté ne me sourit pas beaucoup, même si la situation le demandait peut-être. Je connais peu Landry, mais ce que j’en ai vu ne m’a pas plus impressionné. Au moins pour les deux derniers cas, ainsi que pour Jean Charest, je crois qu’il faudra attendre plus longtemps avant d’en tirer des conclusions de nature plus historique.

Désolé pour la longueur du commentaire, mais la question m’interpellait!

Alexis St-Gelais, Saguenay"

Et j'ai bien hâte de voir qui passera à l'Histoire de notre nation au cours des prochaines années au Québec...

1 commentaires:

Marie-Hélène a dit…

Une analyse digne de toi, détaillée et fouillée. Tu ne parles jamais à travers ton chapeau et c'est une de tes qualités pour lesquelles j'ai un profond respect.

Pour ma part, je choisis sans contredit Robert Bourassa. Un homme que j'ai profondément admiré et dont je regrette la mort prématurée.

Je suis loin d'avoir le culte de bien des Québécois pour Lévesque mais j'ai toutefois de l'admiration pour sa fougue et son honnêteté. La fin fut très triste pour lui.

J'aimais bien Pierre-Marc Johnson mais je suis consciente qu'il n'avait sans doute pas la trempe nécessaire pour gouverner. Reste qu'il s'agit d'un des péquistes qui m'a le plus plu.

Par contre, je peux affirmer mon antipathie certaine face à Parizeau et Landry.

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