Indépendantiste, souverainiste ou séparatiste? La guerre fait rage chez les partisans de la souveraineté/indépendance/séparation du Québec. C’est un présumé projet rassembleur qui cause tant de division sur sa simple dénomination, sans même entrer dans les détails de la façon de s’y prendre ensuite, loin de faire consensus.
Quand on parle de ce sujet à des partisans de la cause, et qu’on a le malheur d’utiliser le mauvais terme pour eux, on se le fait vertement dire. Étrange… Ces gens-là poursuivent pourtant tous le même objectif, il me semble. La finalité est la même. Pourquoi alors tant s’acharner et se diviser sur le nom, alors que cette cause s’autoproclame rassembleuse? De deux choses l’une : ou bien les trois termes sont de parfaits synonymes, et tout le monde pourrait se mettre d’accord au lieu de tergiverser sur une virgule, ou bien ils ne le sont pas, et on ne peut alors pas se plaindre d’une théorique division au sein des partisans de la souveraineté/indépendance/séparation du Québec, puisqu’il s’agit de trois choses complètement différentes. Trois partis, trois visions, trois projets. Voilà tout.
Dans le premier cas, l’étiquette de projet rassembleur est déchiquetée en petits morceaux. Comment prétendre, en effet, qu’un projet unit les gens lorsque son nom même plonge tous les intéressés dans la controverse et les déchirements? Et, ceci dit avec toute mon amitié de maudit fédéraleux colonisé (bien sûr, je dois obligatoirement l’être puisque je ne suis pas d’accord), après 41 ans, je pense que si ce projet était si rassembleur, ça ferait longtemps que toute la population de la province serait tombée d’accord. Cela tomberait sous le sens et serait venu tout naturellement. C’est pourquoi, puisque nous sommes au pire, 50% pour et 50% contre, et au mieux, 35% et 65% contre (vous remarquerez le plus large consensus dans ce second cas), j’affirme que c’est un projet diviseur. La preuve en est faite par la chicane du nom. Quand on n’est pas même capable d’assumer trois étiquettes au fond équivalentes sans grimper aux rideaux, cela augure très mal pour des gens qui veulent gouverner un pays. J’aurais plutôt l’impression dans ce cas que les souverainistes/indépendantistes/séparatistes en sont au point de tenter de se convaincre les uns les autres, tellement la controverse est vive pour ce menu détail.
Si l’on assume par contre que l’indépendance, la souveraineté et la séparation sont trois concepts distincts, la question du rassemblement possible devient moins importante, même si l’on peut quand même en douter. Tout se ramène à la question de savoir laquelle finira par obtenir l’hégémonie sur les deux autres, pour ensuite partir à la conquête de l’électorat. Ce qui n’a plus sa place alors, c’est cette plainte quasi-constante des troupes défendant ces trois options que la division de l’électorat entre trois partis (Parti Québécois, Québec Solidaire, Parti Indépendantiste) est néfaste. C’est pourtant tout le contraire; chacun de ces partis peut représenter l’une des trois options de façon distincte et combattre les deux autres pour finir par convaincre la majorité que sa position est la meilleure. Peut-on parler de divisions au sein d’un bloc si ce même bloc est en fait constitué de trois entités? Si l’on désire se colleter sur les différences entre indépendance, souveraineté et séparation, il faut assumer pleinement une division entre trois clans.
Bref, dans un cas comme dans l’autre, une des assertions des troupes souverainistes/séparatistes/indépendantistes est fautive, qu’il s’agisse de l’affirmation que c’est un projet rassembleur ou du problème que constitue la division des troupes. J’en suis désolé, mais je peine pour ma part à faire preuve du discernement que vous me demandez sur cette question, puisqu’il vous est impossible de me présenter les options de façon cohérente. Je ne suis pas de ceux qui rejettent la nuance ou qui ne tolèrent pas les divergences d’opinions au sein d’un mouvement, mais il s’agit ici d’un point fondamental : la définition même de ce qui est proposé.
La cause sans nom, qui ne fait pas même consensus chez ceux-là même qui la défendent, ne passera jamais à l’étape suivante avant que ces querelles soient réglées.
L'auteur de ce blog n'engage que lui-même par ses commentaires et ne prétend pas représenter les positions d'un quelconque organisme politique.
8 juin 2008
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13 commentaires:
Et toi, tu es quoi, un "fédéraliste provincialiste"? Est-ce pareil à un "fédéraliste-fédéraliste"?
Quoi que tu en dises, entre le souverainisme, le fédéralisme et l'autonomisme, c'est encore le souverainisme qui attire le plus de partisans.
J'ai de la difficulté à comprendre le lien que tu fais entre la division des forces souverainistes, parce qu'elle existe, et le fait qu'il y a 3 mots pour les qualifier. Je crois que votre argumentaire est tiré par les cheveux et il ne tient pas la route.
Le projet d'indépendance n'a certainement pas été aussi rassembleur que nécessaire, mais, jusqu’à preuve du contraire, c'est encore le projet politique qui a suscité le plus d'intérêt dans l'histoire québécoise. Maintenant que les Québécois ont dit non, on attend une proposition de la part des fédéralistes. Malheureusement, ça ne vient pas. La seule chose qu'on nous propose, c'est le statu quo et cela n'est pas acceptable pour le Québec. C’est pour ça que j’ai toujours été souverainiste : entre celui qui cherche à améliorer le statut du Québec et celui qui tente de nous faire accroire que son statut est déjà parfait, le choix m’a toujours paru très simple à faire.
Retournez lire l'article: j'y mentionne clairement que je ne suis pas contre les nuances. Je nuance moi-même ma position par rapport au fédéralisme, mais sans combattre les autres de mon parti qui ne pensent pas comme moi, et sans déplorer une quelconque division des troupes. Certains souverainistes (ou peu importe) tracent une différence entre les trois termes dont il est question, alors que d'autres, comme vous semble-t-il, considèrent que c'est du pareil au même. Alors, s'agit-il d'une, de deux ou de trois options, au bout du compte? S'agit-il de trois nuances d'un secteur du spectre politique ou simplement de trois synonymes? Ma position provincialiste s'inscrit dans la grande catégorie fédéraliste, mais constitue une nuance par rapport à des positions fédéralistes centralisatrices ou au fédéralisme asymétrique. Dans votre cas, je voudrais simplement avoir l'heure juste sur vos (votre?) position(s).
"Quoi que tu en dises, entre le souverainisme, le fédéralisme et l'autonomisme, c'est encore le souverainisme qui attire le plus de partisans." Sur quels chiffres s'appuie cette déclaration?
Ce n'est pas moi qui soulève cette polémique de noms. Faites le tour des blogues souverainistes/indépendantistes/séparatistes et vous constaterez que cette question revient fréquemment sur le tapis.(par exemple, http://regardezlamusique.wordpress.com/2008/06/07/ode-a-lindependance/)
Quant à une proposition fédéraliste, j'en fais moi-même une sur mon blogue. Je suis désolé, mais il m'est impossible vu mes moyens actuels de lancer l'idée à la population québécoise autrement que par mon blogue. Vous aviez d'ailleurs dit que vous embarqueriez si c'était mis sur le tapis...
Ne vous inquiétez pas, j'ai très bien lu votre texte.
Je viens de commencer un texte qui expliquera très clairement ma position sur la question nationale. Je ne sais pas quand je l'aurai terminé (je débute dans un deuxième emploi demain), mais dès que ça sera fait je le publierai sur mon blogue.
Pour ce qui est de vos propositions fédéralistes, comme je vous ai dit, si vous faites avaler ça au ROC, j'embarque. Seulement, soyez certain que je suis convaincu de l'impossibilité de la chose. Le Canada est irréformable.
Cela me fait un beau défi :).
Quant à moi, comme je l'ai dit sur Angry French Guy, ce que je trouve le plus paradoxal, c'est que souvent les fédéralistes vont appeler les gens qui ont voté oui à la question de 1995 et qui voteraient oui aujourd'hui des séparatistes.
Le terme a tellement reçu une connotation négative qu'aucun parti ni le PQ ni le Bloc et pas même le PI n'ose se dire séparatiste. Le terme le plus populaire qu'on retrouve c'est souveraineté vient ensuite quelque fois mais très rarement indépendantiste et on évite comme la peste le terme séparatisme alors que plusieurs artistes comme Claude Dubois ou Laurent Paquin n'ont aucun problème avec le terme séparatiste, ils en sont même fiers et l'assument pleinement.
Or lorsqu'on parle de souveraineté, eh mon doux que ça sonne doux aux oreilles. C'est comme dire préposé à l'entretien ménager au lieu de concierge, tu as l'air d'un spécialiste en maudit et tu as l'air plus crédible.
Or le terme sonne doux et fait plus soft que les deux autres et ralie même les nationalistes "mous". Or quel genre de couleuvre est-ce que les Gilles Duceppe de ce monde veulent-ils nous faire avaler avec la souveraineté.
Une petite recherche sur Wikipedia nous amène la définition suivante:
"La souveraineté est la puissance absolue et perpétuelle d’une République"
http://fr.wikipedia.org/wiki/Souverainet%C3%A9#D.C3.A9finition
Oh!, ne trouvez vous pas que le beau ti mot d'amour doux qu'on se sucure à l'oreille entre "souverainistes" vient de prendre une cristi de débarque? Moi je pense que oui.
Ceci me fait dire comme vous le dites que la division vient probablement du fait qu'on veut quelque chose mais on ne sait pas trop ce qu'on veut (comme disaient les Sex Pistols dans Anarchy in the UK, I don't know what I want but I know how to get it). Alors on fait du pelletage de nuages et de l'enculage de mouches.
Ceci étant dit cela suffit pour me faire conclure que le MOINS PIRE des termes de la gang est séparatistes et que comme l'Anarcho-Pragmatiste le dit, cela devrait être LE projet rassembleur, la séparation. C'est le terme le plus concret, le plus sincère, le plus honnête mais aussi le moins "glamour", le moins glorieux.
J'ai utilisé l'image de l'omelette dans un de mes éditoriaux pour illustrer cette grande trilogie du "souverainisme-indépendantisme-séparatisme". La souveraineté et l'indépendance, c'est comme l'omelette, c'est exquis, délicieux, délectable, ça fait rêver. La séparation, c'est le cassage d'oeufs, c'est ardu, difficile, c'est synonyme de dissentions, de souffrances, de temps durs....mais c'est également ce qui est le plus honnête.
Il faut donc dans le camp du oui passer moins de temps à faire rêver avec ce que pourrait être le Québec indépendant ou souverain (puissance absolue de la république (lire de ses dirigeants)) et peut-être passer plus de temps à nous dire tel quel quel est tout ce processus de la séparation qui mènera à l'accès de cette souveraineté-indépendance.
Ça fera sûrement peur à certains mais ça ramènera sur terre les rêveurs pelleteurs de nuages et plus importants, ceux et celles qui voient le oui comme un vote sans réelle conséquence seront plus conscient de tous les impacts et les répercussions que cela pourrait avoir sur leurs vies.
Salutations,
Tym Machine
PS: Pour ce qui est du fédéralisme, il est plus divisé qu'on le pense. La différence majeure entre vous et moi étant ce désir que j'ai de donner un territoire à ceux et celles qui veulent avoir un pays français en Amérique du Nord car je peux comprendre cela. Par contre, je n'irai pas vivre dans ce pays. Il faudra alors s'entendre sur l'éventuelle partition du Québec. (bon, c'est de la vieille ranguaine j'en conviens, been there, done that mais je n'en démors pas malgré l'effet du temps).
Juste pour l'information, dans l'exemple que je donnais à Emmanuel Simard sur l'indépendance, Anarcho-Pragmatiste semble virer son capot de bord et apprécie beaucoup l'indépendance! Alors, même les séparatistes/souverainistes/indépendantistes ne savent pas ce qu'ils veulent...
Ce que j'aime de l'anarcho-pragmatique, davidg, c'est sa vision de l'anarchisme, une vision très inspirée libertarienne, le gars est une mine d'or de savoir en matière d'anarchisme et de libertarisme.
Pour ce qui est de sa position constitutionnelle, je la trouve personnellement loin du pragmatisme tel que je le conçois. C'est une curiosité intellectuelle intéressante mais que je balaye en bon Elvis Gratton que je suis du revers de la main.
Salutations,
TM
"la division de l’électorat entre trois partis (Parti Québécois, Québec Solidaire, Parti Indépendantiste) est néfaste."
Je crois qu'au contraire, la division, la dissidence et la rébellion face aux partis politiques est très saine et démocratique et met sérieusement au test nos libertés individuelles d'expression et d'association.
Je trouve par contre des troubles et des bébites aux trois partis. Québec solidaire est définitivement un danger omnipotent de la gauche radicale extrêmiste et effectivement, eux sont mêlés en chien (on n'a qu'à voir leurs positions contradictoires ni queue ni tête sur les accomodements raisonnables), de plus, veut-on vraiment d'une société gérée par des pelleteux de nuages incapable de compter et de gérer un budget qui pense que l'argent pousse dans les arbres et que 100% de la planète peut se taper un mode de vie égalitaire et avoir quand même une qualité de vie. Le parti indépendantiste est géré par des nostalgiques du PQ radical, de l'hégémonie et la suprématie du français dans les terres québecoises digne du bon temps où on faisait des émeutes suite au Québec libre de de Gaulle et qu'on scandait le Québec au Québecois et qu'on trouvait donc que chanter Bonne fête ça faisait trop "anglais" à notre goût.
Tant qu'à cela St-Jean Baptiste Charest fait très bien la job.
Correction, ce n'était pas Anarcho-Pragmatiste, mais Antipollution. Désolé!
La séparation de l'électorat entre trois partis est un problème pour les souverainistes-indépendantistes-séparatistes, pas pour moi... C'est un conseil que je leur donne en "ami".
En plus d'être plutôt d'accord sur le fond de ton article, je dois ajouter que je suis totalement en admiration avec le choix du titre. Du grand art!
@Alexis,
"Correction, ce n'était pas Anarcho-Pragmatiste, mais Antipollution. Désolé!"
Ouin, on ne parle plus de la même personne maintenant.
Bien que les deux individus en question voteront oui et PQ, ils ne le feraient pas pour les mêmes raisons.
Bien que ce ne semble pas être votre problème, il reste que vous prenez de votre précieux temps pour aborder une telle question. Si vous voulez être le pourfendeur de la question, la question vous concerne tout de même de façon minimale ne serait-ce que pour y répondre un non franc et retantissant.
Bien sûr que les souverainistes-indépendantistes-péquistes sont également séparatistes même si plusieurs d'entre eux cachent cette facette de l'histoire comme la peste buccale. Comme si on pouvait faire des omelettes sans casser les oeufs...comme si on pouvait aspirer à l'indépendance et à la souveraineté sans d'abord et avant tout faire la séparation.
Il sera temps pour le mouvement "souverainiste-péquiste-indépendantiste" de mettre à jour leur discours et de réhabiliter l'expression "séparatiste" dans sa plus grande splendeur mais tel que vous le dites, c'est aux péquistes et aux indépendantistes de le faire. S'ils ne le font pas, ils continueront à se faire planter cette facette non assumée dans la face et joueront encore les vierges offensées....on n'est pas sorti du bois... mais la question est est-ce que les carriéristes du PQ et du Bloc désirent réellement en sortir quand y être leur rapporte leur pain et leur beurre quotidien?
Il se peut que je fasse un peu de copier-coller dans mon blogue de mes opinions, svp n'en soyez pas trop offusqué, je ne ferais jamais une chose semblable avec les commentaires des autres sans avoir préalablement cité mes sources...
Cela ne me dérange pas du tout.
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