C'est un mal politique fédéral de plus en plus répandu auquel ni les conservateurs ni les libéraux n'échappent. Après une période d'incubation plus ou moins longue, on observe des symptômes plus ou moins grave d'une durée généralement dommageable et relativement prolongée: dérapages, impopularité, perte de crédibilité, crises périodiques, etc. Ajoutons-y également un signe qui ne trompe pas, à savoir le fait qu'on parle de plus en plus des gens atteints dans les médias, et rarement en bien, et que les malades sont très visibles dans les caricatures. L'issue en est le plus souvent tragique, une mort politique pure et simple.
Ce mal, que l'on pourrait appeler simplement le "syndrome du Québécois content", ou de son nom scientifique Quebecum contentus, se contracte en général lorsqu'un des deux principaux partis fédéraux cherche à se gagner l'électorat de notre province en plaçant des députés qui en sont originaires à l'avant de la scène. Mais cette étape ne mène pas nécessairement à la contamination. Il faut pour cela que le candidat en question soit prédisposé, en n'étant pas préparé à assumer les responsabilités qui lui échoiront. Si tous ces ingrédients sont réunis, on assistera à la mort lente de cette personnalité publique québécoise et, par ricochet, à la mise dans l'embarras de sa formation politique. Voici deux cas que je vous laisse étudier à loisir.
Le premier est celui de Stéphane Dion. Lors du dernier congrès à la chefferie du Parti Libéral du Canada, cet aspirant a réussi à se faufiler entre Bob Rae et Michael Ignatieff, et ce même si la majorité de l'establishment libéral du Québec militait pour Ignatieff. L'une des raisons invoquées pour justifier ce spectaculaire revirement de situation est que les congressistes anglophones du PLC ont pensé faire plaisir aux Québécois en plaçant l'un des leurs à la tête de leur parti. Le Quebecum contentus avait frappé, et Stéphane Dion, encore aujourd'hui, se flétrit sous nos yeux.
L'autre cas intéressant est celui de Maxime Bernier. Membre de la bienvenue, mais encore néophyte députation conservatrice du Québec (à l'exception de Jean-Pierre Blackburn, qui a pour sa part une bonne expérience passée chez les progressistes-conservateurs), il fut catapulté par son chef à des postes ministériels importants. Harper aussi avait inoculé le Quebecum contentus à son nouveau ministre, qui devait y succomber peu à peu. Après avoir perdu de plus en plus de plumes politiques, puis, semble-t-il, sa raison, il a finalement laissé sa peau dans le cabinet Harper. À noter que, par moment, certains spécialistes soupçonnent que Josée Verner soit atteinte d'une forme bénigne du Quebecum contentus, mais contrôlée notamment grâce au fait qu'elle conserve des responsabilités plus adaptées à ses capacités et son expérience.
Pourtant, il existe une manière fort simple de se prémunir efficacement du syndrome du Québécois content. Il suffit de ne pas placer des québécois à des postes stratégiques juste pour donner l'impression qu'on se soucie de la Belle Province. Il faut avant tout que les candidats soient compétents et efficaces pour les fonctions qu'ils auront à combler. Si Dion était resté un homme important du PLC, mais sans accéder à la chefferie du parti, il aurait pu récupérer un bon poste ministériel lors d'un éventuel retour des libéraux au pouvoir, et effectuer un travail efficace et constructif. Si Harper n'avait pas décidé de mettre Bernier dans une situation que ce dernier était incapable de gérer, le Beauceron aurait pu prendre de l'expérience graduellement, développer le jugement qui lui faisait défaut et, éventuellement, être promis à une carrière politique brillante. En bref, pour m'adresser directement aux conservateurs et libéraux fédéraux, cessez de vouloir épater la galerie québécoise en plaçant tout ceux qui vous tombent sous la main à des postes bien en vue s'ils ne sont pas qualifiés. Cela fonctionne rarement et, un jour ou l'autre, vous retombera dessus. Croyez-moi, les gens du Québec préfèrent de loin avoir moins de représentants, mais que ceux-ci soient compétents et estimés, plutôt que de voir des pantins s'agiter devant leurs yeux et jeter le discrédit sur leur nation. Des québécois, oui, mais des québécois capables.
L'auteur de ce blog n'engage que lui-même par ses commentaires et ne prétend pas représenter les positions d'un quelconque organisme politique.
27 mai 2008
Quebecum contentus: la maladie court!
Publié par
Alexis St-Gelais
Libellés :
Bob Rae,
Jean-Pierre Blackburn,
Maxime Bernier,
Michael Ignatieff,
PCC,
PLC,
scandales fédéraux,
Stephen Harper,
Stéphane Dion,
transparence
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
3 commentaires:
"Il suffit de ne pas placer des Québécois à des postes stratégiques juste pour donner l'impression qu'on se soucie de la Belle Province. Il faut avant tout que les candidats soient compétents et efficaces pour les fonctions qu'ils auront à combler."
Comme vous avez lu dans mon dernier texte, je suis parfaitement d'accord avec vous là-dessus.
Par contre, je me pose encore quelques questions là-dessus, dont la suivante: est-ce que Stephen Harper a nommé Bernier au MAECI seulement pour faire plaisir au Québécois ou est-ce qu'il croyait vraiment qu'il possédait les compétences pour faire la job? De toute façon, dans les deux cas, cela prouve que M. Harper manque de jugement...
Excellente question, à laquelle nous n'avons pas la réponse, malheureusement. Mais "Flipper" n'était probablement pas loin, comme vous le disiez sur votre billet...
C'est tentant de nommer n'importe qui pour donner l'impression qu'on se soucie du Québec de cette manière. Avec les résultats qu'on connaît...
Enregistrer un commentaire